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Jean Zay, portrait de Jack Lang pour SalonsCE en 2005

Jean ZAY a été assassiné le 20 juin 1944 par trois miliciens dans un bois de l'Allier. Arrêté au Maroc par le régime de Vichy, détenu pendant quatre années dans les prisons de Riom, il symbolisait plus que tout autre par la haine suscitée le désir de revanche sur le Front Populaire. Jean Zay, le juif, le protestant, le franc maçon, reste par ce qu'il fut au cœur de la question de Vichy.

Mais Jean Zay ne tomba pas seulement pour ce qu'il était, il fut tué également pour ce qu'il incarnait : l'anti-munichois, le partisan du soutien aux républicains espagnols, le ministre qui s'opposa à la barbarie nazie en s'engageant dans l'armée, le résistant du Massilia.

A 39 ans disparaissait en la personne du plus jeune membre du gouvernement de Léon Blum une des figures les plus exceptionnelles du Front Populaire.

Ministre de l'Education nationale et des Beaux Arts, Jean ZAY a façonné l'école que nous connaissons aujourd'hui. Il est l'un des pères de l'école moderne. Partisan de l'école unique et de l'égalité des chances pour tous, il a mis en place en quelques mois un programme d'action visionnaire à partir de méthodes résolument pragmatiques : partir de l'existant, généraliser ce qui réussit, toujours prendre les devants. Jean Zay veut protéger les enfants que la Nation lui a confiés. Il prolonge alors jusqu'à 14 ans l'obligation scolaire. Il a le souci constant de l'épanouissement des élèves. Il dédouble les classes nombreuses. Il instaure l'harmonisation des programmes, rapproche les filières, fonde la logique des cycles, expérimente les classes d'orientation, unifie les structures, crée la médecine scolaire, introduit avec Léo Lagrange l'enseignement physique et les loisirs.

Jean Zay veut aussi éduquer des citoyens.

Il invente alors la radio scolaire. Il interdit le prosélytisme religieux et politique à l'école. Pour l'enseignement supérieur, il favorise avec Irène Joliot-Curie la création du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Il dessine pour la haute administration les contours de la future ENA. Son action dans le domaine des Beaux Arts est tout aussi novatrice : il réunit les théâtres nationaux, crée le Musée d'Art Moderne et celui des Arts et Traditions Populaires, développe la politique de lecture publique à travers la création des Bibliobus, invente la notion de droits d'auteur, donne un statut au cinéma, lance l'idée d'un Festival à Cannes.

Jean Zay a laissé une œuvre considérable qui a anticipé toutes les grandes politiques culturelles et éducatives de la Libération. Si son legs est immense, sa mémoire reste cependant encore trop peu célébrée. Il n'était ni gaulliste, ni communiste. Il appartenait au radicalisme rejeté dans l'immédiate après guerre. Il est resté trop longtemps malgré ses réformes et son martyr final le Républicain méconnu et délaissé du gouvernement de Léon Blum. L'Education nationale elle-même a à tardé à prendre conscience de sa dette envers son plus grand ministre. Ses valeurs et ses convictions sont pourtant plus que jamais d'actualité: passion de la liberté, refus des compromis, défense de la République et de la démocratie. En 1944 était tombé plus qu'un serviteur de la République, tout simplement une âme juste dont le souvenir doit être honoré et la mémoire transmise.

Comme le souligne très justement Antoine Prost, "pour Jean Zay, la République repose avant tout sur le civisme et l'intelligence des citoyens, c'est-à-dire, sur l'éducation intellectuelle et morale".

 

 

 

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