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Sport en entreprise : quel rôle pour le CE ?

Le comité d'entreprise a un rôle à jouer pour inciter les salariés à pratiquer un sport, soutient Jean-François Davoust, représentant CGT au conseil national du sport et auteur d'un livre sur l'histoire des liens entre son syndicat et le monde sportif. Mais les grands équipements sportifs deviennent rares dans l'entreprise et les pratiques s'individualisent. Interview.

 

Si chacun a plus ou moins en tête l'âge d'or pour la pratique populaire du sport que furent les années 30, favorisée par l'arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936, beaucoup auront oublié l'origine de l'investissement par le premier syndicat français, la CGT née en 1895, du champ sportif. "En 1903 s'est créée la fédération gymnastique et sportive des patronages de France, un mouvement d'origine cléricale financé par le patronat. Du coup, certains militants à la CGT ont dit qu'on ne pouvait pas laisser le sport aux mains des patrons et du curé", raconte Jean-François Davoust. Naîtra ainsi un mouvement sportif syndical qui se prolongera même jusqu'à une internationale sportive ouvrière. 

En quelques décennies, le regard sur le sport change du tout au tout : d'une aide à la préparation au combat (avec le service militaire avant la guerre de 1914), le sport devient non seulement le gage d'une bonne santé mais aussi le signe de l'accomplissement complet de la personne. "Par rapport à cet âge d'or de 1934 à 1939, nous sommes dans un recul total", soutient cet adepte de l'aviron qu'est Jean-François Davoust, en n'hésitant pas à rappeler que les métallurgistes de la CGT avaient même conçu un petit avion pour que les ouvriers parisiens puissent découvrir l'aéronautique. C'était dans les années 30 à l'aérodrome de Belle Epine. Un lieu dit désormais occupé par un énorme centre commercial !

Le développement des comités d'entreprise, après 1945, favorisera l'aménagement de grands équipements sportifs d'entreprise. Des structures qui ne résisteront pas aux évolutions économiques des entreprises, à l'individualisation du travail ou aux changements de capital, comme en témoigne la dissolution de l'ASPTT, l'une des plus grands clubs d'entreprise, suite à la séparation des activités postales et des télécommunications et à la privatisation de celles-ci. Aujourd'hui, ce modèle, à quelques exceptions près, semble appartenir au passé. Et pourtant, souligne Maxime Paul, du cabinet de conseil et de formation Emergences, le sport organisé par un CE peut sans doute participer à recréer des solidarités au travail. C'était du moins l'idée à l'origine d'une matinée de débat, dans les locaux d' Emergences à Montreuil, entre des élus de CE et Jean-François Davoust, que nous avons interviewé à cette occasion.

 

Jean-François Davoust, vous représentez la CGT au conseil national du sport et vous êtes le co-auteur de "Du sport ouvrier au sport oublié", une "histoire mêlée de la CGT et du sport". Vous défendez l'engagement militant pour le développement collectif du sport, notamment via les comités d'entreprise, mais ce modèle semble aujourd'hui en crise, non ?

Si nous en sommes là, c'est du fait d'un management qui vise de plus en plus à individualiser les salariés et, surtout, d'une évolution économique des entreprises. La plupart des grands groupes ont filialisé leurs activités. Cela a produit une multiplication d'établissements autonomes avec des comités d'entreprise aux moyens limités. Aujourd'hui, très peu de CE sont dotés de grands équipements sportifs, hormis des structures comme l'Aérospatiale, la Snecma ou encore EDF-GDF avec le maintien de la CCAS et des CMCAS grâce à l'action syndicale. D'autre part, les élus du personnel, même s'ils sont souvent des militants syndicaux, doivent aussi gérer leurs instances en faisant des arbitrages de coût. Et ils réduisent parfois le budget dévolu au sport ou à la culture. 

 

Aujourd'hui, que peut faire un comité d'entreprise pour développer les pratiques sportives ? 

Le comité d'entreprise ne peut bien sûr pas proposer une palette complète des activités sportives, avec une association ou un club pour chaque discipline que voudrait faire chacun des salariés ! L'idée que je défends, c'est que le CE passe un contrat de mutualisation avec le mouvement associatif. Par exemple, pour l'aviron, qui est le sport dont je m'occupe, il y a à ma connaissance un seul club d'entreprise qui le pratique, c'est l'US-Metro, l'Union sportive métropolitaine des transports (Ndlr : c'est à dire le CE de la RATP). Mais il est très possible pour un CE d'avoir un partenariat avec le mouvement associatif pour donner aux salariés intéressés les moyens d'accéder à ce sport. Maintenant, il ne faut pas oublier que plus de 50% des salariés ne bénéficient pas d'un CE.  

 

Que proposez-vous pour eux ?

Pour permettre à ces salariés sans CE d'accéder à une pratique sportive, l'idée est de créer des structures paritaires, une sorte de comité interentreprises, entre le patronat et les organisations syndicales. Car le patronat, ce n'est pas seulement le Medef, c'est aussi la CGPME, c'est aussi l'UPA (union professionnelle artisanale). Des initiatives vont déjà dans ce sens d'ailleurs comme dans la métallurgie pour les salariés des petits garages. Dans les Deux Sèvres, l'UPA a aussi impulsé une initiative comparable, pour fidéliser les salariés de l'artisanat de la bouche qui étaient attirés par la grande distribution afin de bénéficier de leur comité d'entreprise. 

 

Pourquoi les élus des CE devraient-ils se soucier du sport ?

 Lire la suite de l'interview sur le site de notre partenaire ActuelCE

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