Égalité femmes hommes

HOMMES, FEMMES : MÊME COMBAT ?

Les femmes, premières victimes de la difficile conciliation entre vie professionnelle et vie privée : Tâches ménagères, prise en charge des enfants, des parents dépendants…, dans la sphère privée, les progrès vers l’égalité entre les sexes sont modestes. La problématique de conciliation entre vie privée et vie professionnelle pèse donc surtout sur les épaules des femmes.

Faire la lessive, repasser le linge, préparer les repas, s’occuper des devoirs des enfants, organiser les activités du mercredi, penser à prendre rendez-vous chez le dentiste…, c’est le quotidien des familles. Et, dans la plupart d’entre elles, ce fardeau repose d’abord sur le dos des femmes. Ce sont elles en effet qui assurent toujours 80 % des tâches domestiques. Et si on ne prend en compte que les femmes qui occupent un emploi, elles en assurent encore près des deux tiers. Cette disparité entre hommes et femmes s’accroît de plus avec le nombre d’enfants dans le ménage.

Bien sûr, les hommes participent un peu plus qu’autrefois au travail domestique, mais les progrès restent extrêmement lents : en vingt ans, parmi les actifs occupés, les hommes y ont consacré… une minute de plus par jour. A ce rythme-là, et à volume de tâches domestiques égal, il faudrait neuf cent ans pour arriver à la parité… En attendant, les femmes restent les chevilles ouvrières de la maison. C’est sur elles que retombe l’essentiel des difficultés de conciliation entre vie familiale et professionnelle. Ce qui explique en particulier qu’elles travaillent beaucoup plus souvent à temps partiel : 30 % des femmes en emploi sont à temps partiel, contre 5 % des hommes qui travaillent.

Pour modifier la donne, il faudrait bien sûr que les hommes acceptent de prendre toute leur part aux tâches domestiques. Mais ils ne sont pas seuls responsables des difficultés à avancer sur cette voie. Une bonne partie du problème réside dans le regard que la société dans son ensemble porte sur la division des rôles familiaux : dans nombre d’entreprises, on considère comme normal que les hommes s’investissent à 120 % dans leur travail, et on accueille fraîchement les quelques pionniers qui demandent à aménager leur emploi du temps pour aller chercher les enfants à l’école. Inversement, beaucoup d’entreprises anticipent le retrait partiel de leurs salariées au moment où elles deviennent mère. Une anticipation qui se transforme d’ailleurs souvent en suspicion à l’égard des femmes au moment d’un recrutement.

Pas assez de places en crèches

Autre facteur de maintien des inégalités de genre dans la sphère familiale, l’insuffisance des services collectifs, en particulier en matière de garde des enfants. En 2011, la Caisse nationale des allocations familiales (CAF) ne recensait que 50 places d’accueil pour 100 enfants (dont plus de la moitié chez les assistantes maternelles). Résultat : près des deux tiers des enfants de moins de 3 ans sont gardés principalement par un membre de leur famille, souvent leur mère.

Cette situation est d’autant plus défavorable aux familles modestes que les solutions de garde disponibles ont un coût souvent élevé : selon la Caf [1], pour un couple biactif gagnant l’équivalent de deux Smic par mois (2 186 euros), le reste-à-charge d’une place de garde chez une assistante maternelle avoisine les 260 euros mensuels, celui d’une garde partagée à domicile environ 320 euros et celui d’une garde à domicile simple près de 1 100 euros. Dans les établissements d’accueil collectif le reste-à-charge est plus faible – aux environs de 100 euros par mois – mais les places disponibles sont très insuffisantes (15 places pour 100 enfants de moins de 3 ans). Du coup, dans les familles appartenant au cinquième le plus modeste de la population, 91 % des enfants sont gardés par des parents. Autrement dit, les femmes des milieux modestes, celles qui auraient justement le plus besoin de travailler pour améliorer leur existence, sont fortement incitées à se retirer du marché du travail.

Le congé parental pénalisant

Cette incitation est redoublée par le mécanisme du congé parental. A ce titre, la Sécurité sociale verse actuellement jusqu’à 566 euros par mois pendant trois ans aux parents qui décident d’interrompre leur carrière professionnelle pour s’occuper de leurs jeunes enfants. Comme rien n’est fait pour inciter les pères à prendre un tel congé, ce sont quasi exclusivement les mères qui y ont recours, au risque de s’éloigner durablement du marché du travail et de peiner à s’y réinsérer le moment venu. Au final, le dispositif se transforme en piège, singulièrement pour les femmes qui ont le moins de qualifications à faire valoir. C’est la raison pour laquelle une réforme du congé parental est en cours : il pourrait élever le niveau des prestations tout en en limitant la durée et en incitant davantage les pères à le prendre.

La conciliation entre vie professionnelle et vie familiale est encore plus complexe pour les femmes qui élèvent seules leurs enfants. Or, l’adulte de référence des 1,7 million de familles monoparentales que compte aujourd’hui l’Hexagone est dans 85 % des cas la mère. Bien sûr, toutes ces femmes ne sont pas dans le même bateau. Les plus qualifiées peuvent s’organiser pour faire garder leurs enfants en payant les services d’une «nounou». Mais pour les autres, monoparentalité rime souvent avec précarité et pauvreté.

Bref, en dépit des progrès réalisés ces dernières décennies en matière d’égalité entre hommes et femmes, celles-ci restent de très loin les premières contributrices aux exigences de la vie familiale. Sans que cela soit reconnu socialement et financièrement.

Thierry Pech
Directeur de la rédaction d’Alternatives Économiques

(1) «L’accueil du jeune enfant en 2011», Observatoire national de la petite enfance, 2012, disponible sur www.caf.fr

Répartition des enfants de moins de 3 ans selon le mode de garde entre 8h et 19h en 2011, en %

Accompagnement des enfants scolarisés lors des trajets aller et retour au domicile en 2010, en %

Répartition du temps de travail domestique en heures par jour dans la population active occupée

La charte de la parentalité en entreprise

Avec environ 500 signataires en 2013, la charte de la parentalité en entreprise concerne désormais près de 3 millions de salariés français. Cette charte vise à inciter les employeurs à proposer aux salariés-parents «un environnement mieux adapté aux responsabilités familiales», via une conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale plus facile, mais aussi une meilleure gestion des parcours professionnels des hommes et des femmes.
Parmi les signataires de la charte, Axa France et L’Oréal maintiennent par exemple le salaire des pères lorsqu’ils prennent leur congé de paternité. Ernst & Young propose, quant à elle, un système de compte épargne temps pouvant compléter le financement d’un congé parental. Depuis 2008, chez L’Oréal, les pères et mères d’enfants de moins de 12 ans peuvent prendre d’un à quatre mercredis par mois et revenir à temps plein par la suite. De nombreux exemples montrent qu’il est possible pour les pères de famille de prendre des congés parentaux, de travailler à temps partiel, voire d’opter pour le télétravail.

Contact :
Observatoire de la parentalité en entreprise : 5 rue Bailly, 92200 Neuilly-sur-Seine

tél. : 01 75 43 67 70
site : www.observatoire-parentalite.com
courriel : contact@observatoire-parentalite.com

Les hommes pour l’égalité professionnelle : les cercles «Happy Men»

Étendre le linge, faire en sorte qu’aucune réunion ne soit organisée après 18 heures au bureau, prendre son mercredi après-midi pour s’occuper des enfants…, autant d’engagements que les hommes peuvent prendre en faveur de l’égalité professionnelle dans le cadre du programme «Happy Men». Lancé en juin 2013, en partenariat avec quatre entreprises (Orange, Cofely GDF Suez, Accenture et le Crédit agricole), le programme prévoit la création de groupes composés chacun d’une quinzaine d’hommes – les cercles Happy Men – dans les entreprises partenaires. Animés par des déjeuners mensuels ou des réunions informelles, ces groupes ont pour but de faire prendre conscience aux hommes de l’inégalité professionnelle femmes-hommes et de les inciter à s’engager concrètement, en faisant l’expérience des avantages qu’ils en retireront sur le plan de l’épanouissement personnel et familial. Le site propose 33 engagements, mais laisse la possibilité d’en prendre un autre.

Si le nom du programme suggère un objectif de bien-être individuel, son fondateur, Antoine de Gabrielli, insiste sur les changements culturels dans les entreprises : «Pour qu’il y ait une réelle égalité professionnelle, il faut que l’organisation du travail change. Visuellement. Si un homme est en télétravail un jour par semaine pour s’occuper de ses enfants, une femme ne sera plus mal vue si elle fait de même.» Le programme a été lancé par Mercredi-c-Papa, une association créée en avril 2011 par Antoine de Gabrielli, qui s’est immédiatement consacrée à la conception et à la mise en place des cercles.

Pourquoi s’adresser aux hommes ? «Nous sommes convaincus que les hommes sont non seulement un levier essentiel, mais qu’ils sont le levier principal de l’égalité professionnelle», explique Antoine de Gabrielli. En 2008, l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) a réalisé une étude sur les femmes et le plafond de verre (l’impossibilité pour les femmes d’accéder aux postes de direction dans les entreprises). Ce phénomène s’explique à 54 % par les préjugés des hommes sur les femmes et leur rapport au pouvoir («trop émotives») ; à 49 % par le présentéisme, une organisation du travail qui prend le temps passé sur le lieu de travail comme premier critère d’évaluation des collaborateurs ; et à 38 % par la maternité. Celle-ci n’arrive donc qu’en troisième position. «Les hommes sont au coeur du sujet. Ils détiennent 90 % des postes de pouvoir et sont persuadés à 70 % qu’il n’y a pas de problème d’égalité professionnelle», s’indigne le fondateur de Mercredi-c-Papa. Une trentaine de référents – les animateurs des cercles Happy Men – ont été formés en mai-juin 2013. Antoine de Gabrielli espère avoir une dizaine d’entreprises partenaires d’ici à la fin de l’année et au moins une cinquantaine de cercles d’ici à la fin 2014.

Céline Mouzon

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Femmes-hommes, l’égalité en action

Alternatives Economiques Poche n° 63, septembre 2013
Disponible sur :  Alternatives Économiques

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tél. : 01 30 71 26 64
sites : HAPPYMEN.FR et WWW.MERCREDI-C-PAPA.COM
courriel : DEGABRIELLI@MERCREDI-C-PAPA.ORG