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Après les attentats du 13 novembre dernier… Etat de Stress Post-Traumatique (ESPT) : comment s’y prendre ?

L’année 2015 a tristement marqué la mémoire collective des français par le climat terroriste qu’elle a connu les 7 janvier et 13 novembre dernier. Les attentats, de par leurs motivations et l’ampleur des drames qu’ils causent, touchent au registre sociétal et, en ce sens, provoquent des phénomènes de contagion dans leurs impacts psychologiques.

La question du traumatisme collectif :

En psychologie, on définit l’état de stress post-traumatique (ESPT),  comme un syndrome caractérisé par le développement de symptômes spécifiques faisant suite à l'exposition à un événement traumatique. Le traumatisme est directement lié à un contexte d’agressions ou de dangers pouvant entrainer la mort. Généralement, le syndrome apparait dans les trois mois consécutifs à l’évènement mais il n’est pas rare que l’ESPT soit « différé », c’est  à dire, que les symptômes ne se manifestent que beaucoup plus tardivement avec un effet retardement.

Parmi les symptômes les plus fréquents, on trouvera la présence de souvenirs et flashes envahissants,  un dérèglement du système émotionnel (sentiments démesurés, irraisonnés) et une hyperactivation du système nerveux, entrainant hypervigilance, troubles du sommeil, difficultés de concentration, irritabilité etc…

 

Une des difficultés dans la manière d’appréhender un ESPT réside, d’une part, dans la multiplicité des manifestions symptomatiques, et d’autre part, dans la disparité des cas de personnes atteintes.

Car en effet, peut subir des ESPT, avec une intensité comparable :

 

  • un individu ayant personnellement été impliqué dans un évènement traumatique,
  • un individu ayant été le témoin d’un évènement traumatique,
  • ou encore le proche d’un individu ayant subi l’évènement.

Dans un autre cas de figure, comme celui du contexte « attentat », on observe le traumatisme dans sa forme collective, sociétale, et c’est ainsi que l’ESPT, peut toucher des personnes n’ayant aucun lien direct avec l’évènement traumatique, si ce n’est le sentiment d’appartenir à un groupe social qui a été violenté.

Le traumatisme collectif nait donc de trois mécanismes psychiques constituants de l’être humain : l’empathie (la capacité à imaginer ce que l’autre ressent), l’identification (la capacité à se mettre  à la place de l’autre et à s’approprier ses caractéristiques), la projection (la capacité à fantasmer ses propres peurs ou sentiments au travers de l’autre).

Les impacts d’un traumatisme collectif en milieu professionnel :

Deux conditions sont nécessaires pour établir un diagnostic d’ESPT : les symptômes doivent persister dans le temps (plus d’un mois) et doivent entraîner un dysfonctionnement social accompagné d’une potentielle  souffrance clinique.

Au regard du temps passé sur le lieu de travail dans une journée, ce dysfonctionnement social se manifestera donc, selon toute probabilité, également dans la sphère professionnelle.

L’ESPT aura alors pour conséquence d’épuiser physiquement et psychologiquement les individus en état d’hypervigilance permanent, ce qui aura un impact direct sur leur productivité. Le dérèglement du système émotionnel, quant à lui, présentera le risque de rapidement dégrader les relations avec les collègues et/ou la hiérarchie.

En ce sens, le traumatisme collectif dû à un attentat, même s’il est de nature politico-sociale, rejaillit sur la vie de l’entreprise en impactant directement sa force vive.

Et, s’il est assez évident pour un employeur de percevoir sa responsabilité lorsqu’un évènement traumatique a lieu dans ses locaux (braquage, agression, suicide…), la question est plus délicate lorsque les faits sont d’ampleur gouvernementale ; car finalement, concerner tout le monde, c’est également ne concerner personne en particulier. 

La prise en compte des Risques Psychosociaux dans les entreprises, ainsi que l’obligation de les intégrer à la politique de prévention depuis la loi de 1991, pourrait donc lancer de nouveaux débats : Où doit commencer l’évaluation du risque ? Quand doit-on débloquer des moyens de prévention et de prise en charge ? Quelles sont les possibilités d’actions concrètes à mettre en œuvre en milieu professionnel ?...

La Médecine du Travail, avec la réforme qu’elle a subie en 2011 l’incitant à repenser son modèle organisationnel autour d’une équipe pluridisciplinaire, pourrait être considérée comme acteur clé dans ce domaine. En effet, parmi les Intervenants en Prévention des Risques Professionnels (IPRP) constituant les nouvelles équipes, on relève, entre autre des psychologues, pouvant prendre en charge des actions tertiaires (interventions post-évènement)  telles que l’animation de groupes de parole, la création de cellules d’écoute ou encore le pilotage de dispositifs d’accompagnement, et ce, le temps que les symptômes collectifs d’un ESTP se résorbent et que l’équilibre émotionnel des salariés se normalise. 

V. Audibert

Psychologue du Travail (n° ADELI 139322473)
Consultante / Formatrice

Intervenante chargée de modules d’enseignement Master Psychologie Sociale du Travail et des Organisations ; Aix-Marseille Université.

Dirigeante Cabinet Epsylhom
Membre du Réseau I3R PACA

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