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Métro, boulot, état d’urgence…

Avec les événements dramatiques qui secouent la France depuis vendredi se dessine une longue période d'état d'urgence sur tout le territoire national qui ne manquera pas d'impacter la vie quotidienne des salariés que ce soit sur le plan des transports, des horaires, de la "gestion des enfants" et même sur le plan psychologique... Nous avons demandé au docteur Patrice Schoendorff, psychiatre et enseignant, responsable pédagogique du diplôme de psycho-criminalistique à la Faculté de médecine de Lyon 1, de nous faire part de son point de vue sur ces situations difficiles à appréhender auxquelles vont être confrontés les salariés.

 

La population française a été profondément traumatisée, impactée psychologiquement par la série d’attentats du vendredi 13 novembre dernier …

 

L’objectif des actions terroristes est évidemment de créer la terreur et le chaos dans des états civilisés, qui ne sont pas habitués aux scènes de guerre sur leur territoire, surtout lorsqu’ils sont confrontés à une violence, «  extrême », quasi reptilienne, c’est à dire sans une once d’humanité .

Cet hyper terrorisme  qui est un phénomène nouveau, s’attaque à tout, au fondement même de notre mode vie, à notre civilisation. Cette effroyable guerre psychologique est donc de nature à perturber un monde du travail, déjà fragilisé par une interminable crise économique qui a profondément abimé le tissu social et a certainement contribué quelque part à  développer ce cancer qui semble désormais nous ronger en profondeur.

 

Comme il a été dit à plusieurs reprises, les terroristes, la plupart français sont nos monstres. Notre société les a générés et certains ont été insérés socialement.  Ils travaillaient même dans des grandes entreprises comme la RATP, par exemple ou dans des PME.

 

L’impression qui prédomine à écouter les patients dans nos cabinets de psychiatrie suite aux attentats, est que tout le monde s’est senti concerné, se dit choqué avec le sentiment que nous sommes tous potentiellement des victimes et que nous pouvons tous être frappés de près et de loin, n’importe quand et n’importe où….

A titre personnel, j’ai vu par exemple 3 mères de familles du nord Isère qui m’ont raconté que leurs enfants se trouvaient à proximité du Bataclan et  qu’ils ont assisté à la tuerie !!

En outre, pour beaucoup le mal est durable et ne sera pas éradiqué facilement à considérer même que nous y parvenions…

 

Comment dans ces conditions imaginer qu’il n’y ait pas un retentissement sur le monde du travail et l’organisation des entreprises ? Les gens ont indéniablement besoin d’en parler et depuis 10 jours, il n’y a pas une consultation où un patient n’évoque pas le sujet (sur environ 150  personnes consultées )

 

On peut sans doute dire que les attentats du 13 novembre sont à l’origine d’un syndrome de stress post traumatique collectif , qu’il faut sûrement appréhender au niveau des entreprises.

Est ce pour autant aujourd’hui un nouvel RPS (Risques Psycho Sociaux)?

(« les RPS seront définis comme des risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental »).

 

En tout cas le monde de l’entreprise aurait tout intérêt à accompagner cette problématique en s’appuyant sur la médecine du travail : mise en place de groupe de parole… réassurance des salariés sur la dimension sécuritaire par exemple face à des comportements jugés suspects de certains employés (cas des prières à la RATP), avec interventions de psychologues ou psychiatres spécialisés en victimologie, policiers spécialisés dans le terrorisme etc …

Accompagner les salariés dans cette épreuve, c’est participer aussi sans aucun doute  à la lutte contre le terrorisme qui est encore une fois et d’abord une guerre psychologique dont la nocivité peu être majeure à court, moyen et long terme….

 

Patrice SCHOENDORFF, psychiatre médecin-légiste, Hospices Civils de Lyon

drpatrice.schoendorff@wanadoo.fr



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